j’ai 32 ans. j’ai l’âge d’avoir des enfants depuis un bon moment.

je vois mes amies devenir mamans. je les accompagne dans leur grossesse, dans leur maternité naissante, dans leurs inquiétudes, dans leur fierté.

des bébés, mes bras en ont pris.

mon petit doigt a souvent été sous l’emprise d’une minuscule main toute frippée.

mes yeux ont rencontré tout plein de nouveau, dans ceux de ces petits bouts d’humains.

des bébés, mon cœur en a aimé.

mon cœur les aime toujours, encore, chaque jour.

ils font partie de ma vie. ils comptent. ils me rendent fière.

reste que personne ne m’appelle maman.

et que chaque fête des mères me le rappelle.

la guerre est prise entre toute l’admiration que j’ai pour ma maman, mes grands-mamans, mes amies-mamans, et le vide dans mon ventre, que la vie n’a pas encore rempli.

je le trouve lourd ce vide.

parce que j’aimerais bien, un jour, y trouver une petite vie nouvelle.

surtout, parce que le bruit ambiant s’évertue à me rappeler que ça sonne sourd en-dedans.

les tu-ne-sais-pas-c’est-quoi-tant-que-tu-n’as-pas-d’enfant, ils chiffonnent ce qu’il y a déjà de mère en moi, à chaque fois que je les entends.

je me demande toujours comment ces gens arrivent à mettre un pourcentage sur ma fatigue pour déterminer que la leur est pire.

je ne comprends pas comment on peut mesurer l’amour.

je n’arrive pas à me laisser convaincre que, si jamais la vie ne me donne pas d’enfant, je n’aurai jamais su aimer.

que tout ce que j’ai d’amour pour ma sœur, mes parents, mes meilleurs et leurs enfants n’aura pas suffi.

« tu n’es pas mère, tu ne sais pas » diront-elles.

« tu n’es pas moi, tu ne sais pas » répondrais-je.

je suis convaincue qu’elles ont raison, dans leur réalité.

je ne peux pas me mettre dans leur peau, pas plus qu’elles peuvent se mettre dans la mienne.

j’imagine que devenir mère, c’est difficile.

l’ironie, c’est qu’en 2017, à mes yeux, ne pas l’être l’est tout autant.

le jour où, dans mon ventre, il y aura un cœur, je me rappellerai toujours à quel point j’ai voulu que mai fasse pousser une vie dans la mienne.

si ça n’arrive pas, alors j’ai envie de continuer d’être mère comme je l’entends, avec tout ce que j’ai de femme. tout ce que j’ai d’amour.

la vie, on a le pouvoir de l’engendrer, mais aussitôt née, elle ne nous appartient plus.

d’une, on devient deux.

d’un tout, la maternité fait de nous une somme.

je réclame donc le droit d’être une femme entière.

parce qu’à défaut de devenir une somme, je resterai toujours un tout.

maman louise. grand-maman yvette. grand-maman bibiane.

vos noms sont sur mon cœur.

mes amies.

merci de me laisser être maman à ma façon.

et, à toi qui ne veux pas d’enfant,

qui ne peux pas en avoir,

qui n’en as pas eu,

qui ne sais pas si elle en aura.

à toi, qui as la chance d’être maman.

à toi, femme qui a envie de manifester sa maternité à la grandeur de ce que la vie lui offre,

bonne fête des mères.

 

salut.
j’suis assez smatte et sourde d’une oreille.
j’veux connaître pour comprendre.
j’crois au pouvoir du beau.
j’prends encore mes notes à la main.
entre les médicaments et les huiles essentielles, j’prône l’équilibre, pour enrayer la culpabilité.
j’veux la paix, mais j’suis prête à me battre pour défendre l’éducation, la diversité corporelle et les mots d’ici.
j’donne mon coeur sans hésiter à ma soeur, mes parents, mes amis et mes chiens.
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salut. j’suis assez smatte et sourde d’une oreille. j'veux connaître pour comprendre. j’crois au pouvoir du beau. j’prends encore mes notes à la main. entre les médicaments et les huiles essentielles, j’prône l’équilibre, pour enrayer la culpabilité. j’veux la paix, mais j’suis prête à me battre pour défendre l’éducation, la diversité corporelle et les mots d’ici. j’donne mon coeur sans hésiter à ma soeur, mes parents, mes amis et mes chiens.